Protéger l’habitat du Tuit-Tuit / Voir le rut du chamois – 2 immersions en nature inoubliables

Samedi 18 Juillet 2021 au dessus de Saint-Denis, à la Réunion. Nous avons répondu à la campagne de dératisation lancée par la SEOR sur facebook. Levés à 6h avec 1h de trajet en venant de l’ouest, rendez-vous est donné à 8h pour le covoiturage. Nous sommes une petite vingtaine au rendez-vous, classe d’âge très homogène, entre 25 et 32 ans, bien équipés et en forme, nous sommes les 2 plus vieux du haut de nos 35 ans. L’ambiance est décontractée, tout le monde est content d’être là. 45 min de voiture plus tard, nous arrivons aux portes du royaume (Les TDJ, vous chauffez pas trop) du Tuit-Tuit, à Mamode Camp, 1200m d’altitude, un panneau annonçant la situation précaire de cet oiseau endémique de la Réunion.

Il nous faudra encore 2h pour arriver sur les sentiers marrons et hors carte des quelques 12 km² investis par la SEOR pour protéger le Tuit-Tuit. Au bout d’une heure, nous sommes à une altitude d’environ 1500m, et les gars de la SEOR qui nous accompagnent, Jaime/Gaspard/Flora/Quentin confirment avoir entendu le son du chant si caractéristique de l’échenilleur endemik de la Réunion. Tout le monde est aux aguets et attentif, on diffuse le chant d’un congénère sur le téléphone et, magie, le zoizo i repon ! S’entame alors un dialogue pendant plusieurs minutes, sans pouvoir clairement distinguer l’endroit ou celui-ci (ceux-ci, nous présumons la présence d’un couple) sont posés à quelques dizaines de mètres sans pouvoir les voir clairement, bann zoizo i son sovaz. Repartis pour une encore une heure et accéder au dépôt de matériel de la SEOR, nous allons rapidement rentrer dans le cœur de la mission. Seul souci, les pluies normalement peu présentes à l’hiver austral sont bien là, et le vent est également de la partie.

Le principe d’une session de dératisation : relever les 15 à 20 pièges posés sur ces arpents de jungle tropicale par équipe de 4 à 5 personnes, noter les observations (croqué, mangé, pas touché), et quadriller le secteur d’une trentaine de blocs de raticide à l’aide de nos frondes. Selon le fabricant, le raticide « va perturber la coagulation des rongeurs et provoquer des hémorragies internes avec un effet retardateur, les rats vont mourir en un ou deux jours après les avoir consommé, ce qui évitera la méfiance des autres membres de la colonie de rongeurs ». C’est triste, vous me direz cruel, mais le rat est bien, avec le chat peu ou pas présent à ces altitudes, le principal responsable de la disparition du Tuit-Tuit, test sur des œufs en cire et protocole strict durant les années 2000 à l’appui. Grace aux actions de dératisation, la présence du Tuit-Tuit, estimé à 120 couples avant 2000 au début des observations de la SEOR, est passé de 11 couples en 2006, 29 en 2010, et environ 50 couples en 2020.

Après s’être littéralement pelé les miches en attendant que tous les groupes se rejoignent (températures autour de 7/8°C, ressenti -8000 avec le vent et la pluie fine qui s’imprègne), nous repartons tous groupir vers le refuge des gardes de la roche écrite. L’équipée menée par Pei-Pei (chiot bourbon royal très mignon) s’est réfugiée avant nous au gite officiel de la roche écrite, vue la frigorie du groupe. Après avoir mis toutes les affaires trempées dehors sous la terrasse, nous lançons un feu avec tout ce qui traine autour du chalet, même humide, et grâce à un joli cœur de chauffe, le foyer ne mourra pas de la soirée. Un cari zoeuf et un cari boucané sont lancés par les bénévoles qui nous invitent pour la SEOR, les quantités sont généreuses, il y a des fonds de rhum arrangés qui trainent, les duvets militaires prêtés sont très chauds, nous sommes repus et refaits, merci !

A notre grande surprise et contre toute prévision, le beau temps est revenu au matin. Le petit dèj est l’occasion de faire sécher les fringues mouillés de la veille, nous repartons vers 10h pour une dernière campagne de 20 pièges environ, dans des sentiers toujours plus escarpés et boueux. Hélène commence à en avoir ras-le-cul, elle tient bon à base d’insultes jetées au ciel, sa technique secrète éprouvée. Gaspard a repéré un nid et nous avons tous l’occasion de voir l’habitat de l’intéressé de plus près. Il n’est pas loin, on l’aperçoit entre 2 branches aussi. Sur la redescente la pluie nous rattrape, mais le sentiment du devoir accompli et l’amitié créée dans le groupe est trop forte pour nous gâcher le moral.

Tuit-Tuit, l’espèce endémique et en danger de l’ile de la Réunion – Crédit Photo SEOR- Jaime Martinez

Cela aura été une expérience mémorable, utile et très amicale, une parenthèse naturelle entre 2 Covido-couvre-feu, intenses en ce milieu d’hiver à la Réunion avec des fermetures à 18h. Merci à Jaime, Gaspard et Flora pour leur bienveillance et leur passion partagée. On vous soutient de loin maintenant !

Samedi 16 Novembre 2021Parc Naturel régional des Bauges– C’est sur l’invitation de mon voisin que j’apprends la sortie observation du rut du chamois organisée par le groupe jeune de la LPO 74. Après un lever à 7h, départ à 8 pétantes de Chambéry pour relier le village d’Ecole par le cœur des bauges. Ambiance brumeuse et alertes de verglas affichés par Felindra, notre bolide domestique. Je croise une quinzaine de blindés de chasseurs alpins en 3 ou 4 spots tout au long de la route – impressionnant. Le rendez-vous est donnée au parking du couvent, nous sommes plus de 25 au rendez-vous, profil de 18-35 amoureux de nature résidents en haute Savoie, et 2 jeunes retraités très sympa. Je suis le seul savoyard, mais j’ai même pas peur.

Nous partons dans le vallon sous l’Armenaz (prononcer Armèn’ en savoyard), sous le Pécloz pour accédez au spot d’observation. Au bout d’1h et quelques centaines de mètres de dénivelé, nous aperevons Rupicra rupicra, à une trentaine de mètres en face de nous dans le vallon d’en face. Il frotte tranquillement ses cornes avec à leur base des glandes sécrétant du musk, et une forte odeur de bouc, ceci pour marquer son territoire et dire aux femelles qu’il est là. Il ne se sent pas intimidé, nous sommes calmes et sur le chemin, il a surement l’habitude de la présence d’humains ici.

Nous reverrons des congénères plus haut au dessus de nous, les males s’observent et se jaugent, on est bien en période de rut. On arrive sous l’Armène avant midi, il fait grand beau, les longues vues sont posées, une vingtaine d’individus sont visibles à l’oeil nu sur les pentes en face de nous.

Ce que nous avons appris, grace à Vincent et Thibault, nos guides et hôtes de la journée

Le male est appelé bouc, la femelle chèvre, les petits éterlou et eterle, ils pèsent de 30 à 50kg, vivent environ 20 ans selon l’usure de leurs dents. Les chamois ne sont pas des animaux de montagnes, mais des animaux de falaises, ils ont investis la montagne car chassés dans les plaines. Les izard des pyrénées sont ses cousins mais d’une autre espèce. Une sous-espèce de chamois existe en Chartreuse.

Le chamois des alpes a failli intégralement disparaitre des alpes, à cause de la chasse (et des grocs) principalement et de diverses maladies (brucellose). Un dernier foyer de population a perduré dans les bauges et a permis le repeuplement. Il peut gravir 1000m de dénivelé en 10minutes. L’éterlou, ou eterle reste de 1 à 2 ans avec sa mère et la chevrée.

Bouquet final : vers 13h30 et peu de temps avant notre départ, la montagne s’anime, des poursuites entre males et des tentatives d’accouplement s’opèrent. Le chamois des photos ci-dessus passe à toute vitesse à une vingtaine de mètres de nous pour échapper à un compère, surement trop impressionnant et qui avait commencé à le poursuivre.

C’est donc une journée moultement agréable et dans ce magnifique vallon du Géopark des Bauges – Parc naturel régional que nous avons passé. Encore merci au groupe jeune LPO 74 pour l’accueil et pour l’organisation, et merci à toi Vincent pour les blagues.

Publié par Fabien CARTIER-MOULIN

Savoyard, passionné de montagne, de bonnes idées, d'aventure en tout genre et d'écologie. J'œuvre en promotion et rédaction web depuis 2009, en 2012 avec Quechua sur les sites web tentes & camping. A Montréal de 2012 à 2015, je suis rédacteur, stratège web puis chargé de mailing. Webmaster du géofestival en 2016, j'ai ensuite organisé 900 évènements team building avec Diverty Events de 2016 à 2020 en région Rhône-Alpes. En Octobre 2020, je m'installe à la Réunion. Atomes crochus avec le plein air, la photo, l'évènementiel et les sports de montagne, je suis de retour à Chambéry fin 2021.

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