Eloge du Moche

Puisque « la beauté est dans les yeux de celui qui regarde », comme le disait ce cher Oscar Wilde dont le nom évoque déjà l’aventure (un « e » en moins)… Allons voir de plus près les « mochetés » de ce monde, des lieux considérés au premier abord comme laids, vieillots, déprimants ou dénués d’intérêts. L’aventure est au coin de la ruelle, et souvent là où on ne l’attend pas!

L’aventure, c’est être en montagne et devoir annuler une rando parce qu’il pleut à verse, et ne pas trouver d’autre idée que d’aller explorer ce vieil hôtel lugubre, désaffecté depuis des années. Au moins pour se mettre à l’abri… Le début de la visite est surtout glauque, mais il ne faut pas abandonner, il y a forcément quelque chose qui fera surgir en nous une émotion : une lumière, une couleur, un objet laissé là il y a très longtemps. Finalement, l’émerveillement est là, pour peu que l’on sache observer, ouvrir nos 9 sens (oui, 9!) et laisser de côté toute attente préformatée. Une plante qui entre dans le bâtiment et déroule ses lianes le long des fenêtres, la pièce bercée d’une douce lumière, des fresques d’artistes le long des murs, le tout dans un décor défoncé. Le paradoxe est beauté.

Hôtel désaffecté, Cilaos

La découverte, je peux la goûter dans l’assiette de ce Routier qui ne paye pas de mine en bord de nationale au centre de la France. Le nombre de camionnettes utilitaires garées sur le parking du restaurant est le signe d’une bonne maison. Le buffet à 10 euros entrée-plat-dessert-vin-café, est déjà une exploration en soi. Réconfortant et opulent, sans prétention mais généreux, comme chez mémé. La déco n’est pas à mon goût, mais le lieu a une âme et on se sent invités dans l’univers des patrons. Pour qui sait ouvrir ses oreilles, la bande son mélangeant journal télé-discussions de bistrot-accent prononcé-tintement des couverts s’accorde parfaitement avec les mets. Il suffit alors de se laisser porter et goûter un peu du terroir de ce bout de France, et se sentir déjà ailleurs.

The buffet Routier

L’inattendu se trouve aussi au bout de cette route sinueuse, derrière cette colline non instagrammable, dans ce village perdu, niché dans cette région austère. Là, au détour d’un virage, ouvrir l’œil. Une apparition au milieu d’un champ : des centaines de villageois colorés et biscornus, tous différents et fièrement dressés. Ce sont des épouvantails qui gardent la maison de Denise et Maurice, leurs créateurs. Patiemment, ce petit couple fabrique ces créatures farfelues avec du bois et de la récup’, pour le plaisir et pour occuper leur retraite de paysans. Et aussi parce que ça fait venir des visiteurs pour discuter et, de temps à autre, des voyageurs du bout du monde. On peut trouver leurs épouvantails moches ou magnifiques, ridicules ou originaux, il n’empêche que le monde parallèle crée par ce petit couple est rempli de poésie. Et ce n’est pas Oscar Wilde qui me contredira : pour qui peut s’émouvoir de la poésie, l’aventure est partout!

La colline aux épouvantails, dans l’Aubrac

Alors, soyons curieux et ouverts, à l’écoute de nos sensations et de nos émotions, et laissons nous charmer par ces lieux bizarres, différents, inclassables, « moches ». Mais un conseil : ne divulguez pas vos adresses préférées, elles risqueraient bien de finir dans les recommandations d’un guide de voyage !

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